Ça y est, il est fini ce fichu lundi. Je n’aime pas le lundi, sauf le soir du lundi car le lundi se termine. Après un week-end calme de repos, de lecture et de musique il faut retourner sur le terrain passer une dure journée de froid et d’humidité sur un chantier qui n’a plus d’archéologique que le nom tant il est noyé sous la boue et l’eau sale. Mais on arrête pas les aménagements pharaoniques de la mairie le progrès et avant toute construction la Science doit passer et examiner l’endroit. L’endroit est humide et la Science, là, elle en a un peu marre ! Le mardi sera sans doute identique, enfer et damnation. Mais déjà, ça ne sera plus lundi…
Au collège, je ne faisais rien qu’à penser à mon boy-friend, au lieu de me concentrer sur mes compositions. C’était un grand gars aux doux yeux bleus et à la voix charmeuse que je ne voyais que pendant les vacances. Ahlala comme j’étais contente de le retrouver au mois de juillet ! Mais ça ne durait pas, il devait partir avec son papa et son cousin pour une longue croisière à la voile et j’attendais, attendais… Il revenait tout bronzé et nous racontait ses aventures maritimes dignes de Tabarly avec force détails techniques. J’étais muette d’admiration et fondante d’amour. Pourtant on ne faisait que flirter, assis par terre contre un mur tout en regardant la mer monter (ou baisser je ne me souviens plus) et la nuit tomber. On parlait peu et on se tenait tout serrés. J’étais franchement au paradis. Mais pas pour longtemps car une autre croisière s’annonçait généralement très peu de temps après la première et de nouveau j’attendais, j’attendais. Il revenait tout content et tout bronzé et pof c’était déjà la rentrée ! On s’écrivait alors quelques rares lettres dont j’ai totalement oublié la teneur sauf qu’une fois il m’avait appelée « mon roudoudou » et que j’avais été partagée entre tendresse et ridicule… Nos amours intermittentes et pudiques se sont doucement éteintes, je ne me rappelle plus trop comment.
La sculpture en béton perchée sur le mur était dans notre dos et la baie devant nos yeux. La « statue » est maintenant toute rongée mais le paysage n’a pas changé. Le bateau du papa était ancré dans la partie droite de la baie, au delà du long rocher.
Voilà, tout à coup, j’ai envie de leur faire un petit hommage, à ces messieurs de mon cœur, à ceux qui m’ont fait avancer, des bébés, causé de gros chagrins, de grandes joies, offert des élans, des fleurs, fait faire des petits folies, des voyages, bref mes fiancés chéris que je ne dois pas oublier parce que ça ne serait pas juste.
A six ans j’ai eu un amoureux transi. Je ne partageais qu’à moitié sa flamme mais j’étais fière de me balader la main dans la main avec un joli garçon. On faisait partie d’une petite bande de gamins en vacances et l’on jouait dans une pinède à faire des cabanes de fougères. Il était un peu le « chef » et en tant que « femme du chef » j’étais drôlement respectée ! Il m’avait écrit une lettre où il me déclarait son éternel amour et où il disait que j’avais « tremblé de toutes mes feuilles », je ne me souviens plus pourquoi mais ça avait fait rigoler mes parents. Pas moi. Exit donc Renan*, mon petit fiancé haut comme trois pommes. On est restés copains pendant longtemps, jusqu’à l’adolescence où chacun a pris un chemin très différent.
Toujours les mêmes cabanes…Et à l’intérieur le même parfum de fougères
*J’ai changé le prénom, sauf la première lettre.



















Quoi ? Hein ? Vous dites ?