Archive pour octobre 2007
Sur un parking, un petit bout de papier coloré vole jusqu’à mes pieds. En super-archéologue, je ramasse ! C’est un petit bout de lettre, ou plutôt un morceau de carte décorée au recto d’un bout de ciel et un horizon (la mer ? on est près de la plage) et découpée (un cœur ?). Au verso, un texte, tracé d’une main sans doute féminine, parle de “ta voix”, de “ce petit goût amoureux”, de “la vie près de toi”. Et puis, la carte est déchirée. Par qui ? Par la demoiselle qui ne l’a pas l’envoyée ? Par un garçon qui n’est plus amoureux ? Par un homme marié pas fier de cette liaison ? Par un monsieur qui renie un flirt de sa jeunesse ?
En tous cas c’est le minuscule vestige d’un amour, un petit fragment d’émotion anonyme abandonné au vent…

En Bretagne on parle breton. On DOIT parler breton. On peut même aller à l’école spéciale en breton (Skol Diwan). Et les panneaux routiers sont retraduits parce que les noms de lieux bretons ne sont pas suffisamment bretons.
Guidel devient Gwidel mais quand on le prononce c’est pareil, personne ici ne dit “Gouidel” !
Ploemeur, qui signifie “Grande paroisse” en breton (de Ploe, paroisse et de meur, grand) est retraduit en Planwour dont la signification m’échappe car mon dico breton ne le connaît pas…
Et même ceux qui n’ont jamais été bretons, mais “gallo” on les traduit ! Rennes devient Roazon (?), Cesson-Sévigné est traduit en Soazon-Sevigned (!). On veut être le plus breton possible ? Oui : tout Breton, même gallo, devrait parler breton. Non mais. Sinon vous n’êtes qu’un “Parisien” et peu importe si vous venez de Limoges.
A propos d’identité, lisez “Sang impur” de Hugo Hamilton. Cet écrivain, fils d’une Allemande antinazie et d’un Irlandais nationaliste, raconte avec humour et sensibilité son enfance dublinoise.
Au bord de l’océan, un gros blockhaus isolé aperçu de loin à midi depuis le resto où je déjeunais (ma vie est un enfer), et que je me suis promis de visiter de près. Ce que j’ai fait après le boulot.
Lettre au blockhaus :
Héhé mon vieux, tu es juste un peu plus vieux que moi. Tu es construit très solidement : murs en béton armé bien épais et pourtant tu t’enfonces dans le sable, on te voit les intérieurs, tu es plein de graffitis, quelle déchéance. Comme on est presque du même âge, je voulais nous photographier ensemble. Comme personne n’étais dans les environs pour le faire, j’ai dû trouver un support pour l’appareil et actionner le retardateur mais c’était loin et même en courant je suis arrivée trop tard. Finalement j’aime bien cette photo en mouvement. Pour l’autre j’ai pu arriver à temps, l’appareil était posé plus près. J’ai quand même l’air plus jeune que toi, hein ? Mais tu me survivras sans doute même si on continue de te laisser manger par la mer. On ne peux rien contre la mer. Moi je peux courir mais pas toi. Toi tu es un patrimoine qu’on préfère oublier, à cause des mauvais souvenirs peut-être ? Moi je ne suis pas un patrimoine mais j’ai des copines !
Contente d’avoir fait ta connaissance, au revoir vieille chose sans cœur.
Des grands trous, toujours des grands trous
Publié 19 octobre 2007 Archéologie mon amour 16 CommentairesVoici mon actuel terrain de jeu et mon jouet (l’espèce d’insecte jaune à gauche) à faire des trous. Ca s’appelle diagnostic archéologique et c’est fait pour déterminer si il existe un ou des sites archéologiques dignes d’une fouille là où des aménagement prévus risquent de détruire des vestiges.
Sept hectares de terre bien noire, on se dit :”oh le beau terreau!” et on a tort. Cette terre est morte, pas un ver de terre, pas la moindre petite bestiole ni volante ni rampante ni rongeante. Rien. Cette terre a été assassinée à grand renfort de pesticides et ce qui y pousse aidé à grand renfort d’engrais chimiques. Dessous, dans une arène* douce et jaune comme le beurre, des traces plus foncées sont apparues pour nous rappeler que, dans des temps très anciens (du genre 2000 ans avant l’avènement d’Internet) des personnes ont sculpté et cultivé un paysage que l’on s’est empressé de gâcher.
Bientôt, à la place de mes tranchées bien rangées, on trouvera un tas de maisons néo-bretonnes à des prix que je n’ose même pas imaginer.
Des questions ?
*C’est le sable de décomposition du granite sous-jacent
…mais dans le Morbihan, tout près de la mer. Donc, certainement sans Internet, je suis bien obligée de vous confier mon petit blog jusqu’à la fin de la semaine. Alors pendant que je creuserai dans les herbages afin de retrouver un passé parfois indéfini et souvent peu remarquable, vous pourrez tranquillement profiter de cette tribune pour vous exprimer sur toutes sortes de sujets. Si vous n’avez pas d’idée, ce qui pourrait advenir, piochez dans un ou plusieurs de ces 15 sujets :
- chinois : 5 bonheurs du jour
- japonais : donnez-moi une recette de makis
- anglais : parlez-moi de votre thé préféré
- espagnol : composez un haïku sur Don Quichotte
- antillais : racontez votre première expérience du rhum agricole
- brésilien : traduisez en portugais “Larkéo tu nous manques, reviens vite à Rio, euh, dans ta prairie”
- italien : décrivez une maison de Pompeï (en latin ça serait mieux, à défaut en italien)
- indien : rédigez le synopsis d’un film en cinq lignes
- égyptien : faites un rapport de votre trouvaille archéologique
- suisse : le chocolat et vous
- marseillais : le pastis et vous
- russe : Poutine et vous
- américain : votre hamburger préféré : pub !
- canadien : la fabrication du sirop d’érable
- ailleurs : une idée de voyage
Voilà. A samedi !
*contrepétrie bien connue
Le médium était concentré
L’assistance était convulsée
La table soudain, a remué
Et l’esprit frappeur a frappé
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui a fait ce bruit là
Non l’esprit n’est pas encore là
Unissons nos fluides
Et recommençons nos ébats
Que le chat gâcha.
Puis un souffle étrange a passé
Une ombre au mur s’est profilée
L’assistance s’est mise à trembler
Mais le médium a déclaré …
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui passait par là.
Non l’esprit n’est pas encore là
Unissons nos fluides
Et recommençons nos ébats
Que le chat gâcha.
Alors en rond on se remit
Et puis on attendit l’esprit
Quand une dame poussa un cri
En disant je le sens c’est lui
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Que pensiez-vous là
L’esprit ne vous aurait pas fait ça
Vous n’avez pas de fluide
Le médium alors se fâcha
Et chassa le chat
Une voix dit miaou me voilà
Quelle drôle de surprise
Car l’esprit s’était caché là
Dans la queue du… dans la queue du… dans la queue du chat.
| Les Frères Jacques |
Paroles et Musique: Robert Marcy 1948
© 1948 - Editions Méridian
Quand j’aurais été grande, j’aurais appris à lire avec mon grand-père parce que j’aurais voulu faire comme métier colporteur, avec un chapeau et un col bien blanc, des bottes de cuir souple, mais sans la barbe. J’aurais parcouru les chemins du royaume de France, avec ma petite caisse d’osier aux sangles de coton dans laquelle auraient été empilés des livres reliés de cuir, des pamphlets contre le roi, des bibles en papier bible, des textes de chansons paillardes, des contes du Poitou, des légendes de Bretagne et des poèmes, destinés à être vendus dans les foires et marchés. Ce métier, certes peu rentable, m’aurait toutefois procuré des mollets d’acier et d’élégantes rides dues à la vie au grand air. En été, je me serais reposée dans l’ombre d’un grand chêne pour manger un peu de fromage et de pain et pour lire un roman avant de m’en séparer à la prochaine foire. En hiver je me serais enveloppée d’un vaste châle de soie, cadeau d’un de mes oncles marin de la Compagnie des Indes, et, une fois à l’auberge, au coin du feu j’aurais avalé un brouet bien brûlant versé sur une large tranche de pain bis. Sous la pluie, une solide toile huilée m’aurait gardée, moi et mes livres, bien au sec. Parfois, j’aurais rencontré au marché des paysans pauvres et analphabètes qui m’auraient invitée à partager leur soupe et, en échange, je leur aurait lu des passages de contes. Parfois j’aurais rencontré quelque hobereau érudit désirant une édition complète des sonnets de Joachim du Bellay que, promis, je lui aurais rapportée le mois prochain. Parfois j’aurais rencontré un bandit de grand chemin me dévalisant de mes quelques deniers et à qui j’aurais en plus donné un livre, “Si, si prenez-le, lisez-le et ensuite donnez-le à un autre coquin !”. Parfois j’aurais rencontré un chevalier désargenté qui, illettré, aurait voulu m’emmener dans son manoir afin que je lui lise Homère, surtout l’Odyssée et en particulier l’épisode des Sirènes, dans sa grande salle aux courants d’air. J’aurais pu enfin m’acheter un âne qui m’aurait aidée à transporter mon fond de commerce et mes quelques effets personnels.
Ma vie sur les routes du royaume de France aurait été faite de surprises mais surtout de rencontres, parfois infortunées mais souvent magiques, tendres ou passionnées.
Joachim du Bellay (1522-1560)
Joyeux Noël, le retour de la cuisine anglaise !
Publié 3 octobre 2007 Par ici la bonne soupe ! 11 CommentairesTags: gâteau, patisserie
A la demande générale de Landrellec, je vous livre une recette vraiment, mais vraiment typique de nos amis d’outre-Manche et de surcroît délicieuse tout en étant passablement nourrissante, j’ai nommé, tadam ! Le Christmas Pudding ! Il est temps de le confectionner pour le laisser reposer au frais jusqu’au 25 décembre, où, tiédi et flambé de rhum vieux il sera dégusté tout en ouvrant les cadeaux. C’est la recette que faisait une de mes tantes et un souvenir d’enfance magique, ce gâteau tout rebondi, aux parfums épicés et nimbé du bleu du rhum qui flambe joyeusement…
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Il faut :
- 200 gr de graisse de rognon de bœuf (à commander chez un vrai boucher)
- 200 gr de farine
- 200 gr de sucre de canne roux
- 1 cuiller à café de cannelle en poudre
- 1 cuiller à café de vanille en poudre
- 1 cuiller à café de gingembre en poudre
- 1 noix de muscade entière râpée
- 400 gr de fruits confits
- 500 gr de raisins secs mélangés
- 0,250 l de rhum ambré vieux (du bon )
- 6 œufs minimum (selon grosseur)
- Le zeste d’une orange
- Le zeste d’un citron
- Le jus de ces fruits
Mélanger dans une terrine tous les ingrédients sauf les œufs. La graisse sera passée à la moulinette en la saupoudrant de farine. Laisser le tout mariner plusieurs jours, ce n’est pas obligatoire mais c’est meilleur. Ajouter les œufs au moment de cuire. Placer le gâteau en boule dans un torchon lié par une ficelle (comme le kig-a-farz) et le mettre à cuire 4 heures à l’eau bouillante.
C’est pour au moins 8 personnes !
Ah la cuisine anglaise…
Publié 3 octobre 2007 Par ici la bonne soupe ! 3 CommentairesTags: recette littéraire



Mais qu'est-ce que vous racontez ?