Quand j’aurais été grande, j’aurais appris à lire avec mon grand-père parce que j’aurais voulu faire comme métier colporteur, avec un chapeau et un col bien blanc, des bottes de cuir souple, mais sans la barbe. J’aurais parcouru les chemins du royaume de France, avec ma petite caisse d’osier aux sangles de coton dans laquelle auraient été empilés des livres reliés de cuir, des pamphlets contre le roi, des bibles en papier bible, des textes de chansons paillardes, des contes du Poitou, des légendes de Bretagne et des poèmes, destinés à être vendus dans les foires et marchés. Ce métier, certes peu rentable, m’aurait toutefois procuré des mollets d’acier et d’élégantes rides dues à la vie au grand air. En été, je me serais reposée dans l’ombre d’un grand chêne pour manger un peu de fromage et de pain et pour lire un roman avant de m’en séparer à la prochaine foire. En hiver je me serais enveloppée d’un vaste châle de soie, cadeau d’un de mes oncles marin de la Compagnie des Indes, et, une fois à l’auberge, au coin du feu j’aurais avalé un brouet bien brûlant versé sur une large tranche de pain bis. Sous la pluie, une solide toile huilée m’aurait gardée, moi et mes livres, bien au sec. Parfois, j’aurais rencontré au marché des paysans pauvres et analphabètes qui m’auraient invitée à partager leur soupe et, en échange, je leur aurait lu des passages de contes. Parfois j’aurais rencontré quelque hobereau érudit désirant une édition complète des sonnets de Joachim du Bellay que, promis, je lui aurais rapportée le mois prochain. Parfois j’aurais rencontré un bandit de grand chemin me dévalisant de mes quelques deniers et à qui j’aurais en plus donné un livre, “Si, si prenez-le, lisez-le et ensuite donnez-le à un autre coquin !”. Parfois j’aurais rencontré un chevalier désargenté qui, illettré, aurait voulu m’emmener dans son manoir afin que je lui lise Homère, surtout l’Odyssée et en particulier l’épisode des Sirènes, dans sa grande salle aux courants d’air. J’aurais pu enfin m’acheter un âne qui m’aurait aidée à transporter mon fond de commerce et mes quelques effets personnels.
Ma vie sur les routes du royaume de France aurait été faite de surprises mais surtout de rencontres, parfois infortunées mais souvent magiques, tendres ou passionnées.
Joachim du Bellay (1522-1560)
Je pense que ce métier aurait effectivement été idéal pour toi, je t’imagine tout à fait… Mais en fait, tu n’en es pas si loin, non?!
Moi, j’aurais appris la musique et j’aurais fait Cole Porter.
chanson souvenir qui revient à ma mémoire
Le colporteur qui vend des épinglettes,
Des savonnettes et du papier à beurre
Et des images où l’on voit des gendarmes à la moustache en fleur,
Et Cendrillon et la mousse d’été
La fée noire et blanche
Et le grillon qui vit toujours caché.
Reviendra t’il au début du printemps
Et l’hirondelle reviendra t’elle ?
Reviendra t’il, car je l’attends de tout mon cœur
Le colporteur.
(Jacques Douai)
Il est beau ton rêve… Et comme dis Septentria, c’est un “métier” que tu fais déjà un peu…
Cette vie là, Villon l’a eue, selon Jean Teulé … en plus méchant, plus noir, plus dangereux encore. Et puis colporteur c’est aussi le magasin Zinzin de Frédéric Clément, avec en plus des livres, des échantillons d’histoire : une écharde du rouet de Cendrillon, un petit pois de la Princesse, etc …Belle vie que voilà, difficile sans doute, mais “marchande de rêve” quelle affaire !
Hélène, sur Villon, lisez plutôt le livre de Jean Favier (Fayard, je crois), plutôt que cet escroc de Teulé, qui invente ce qu’il ne sait pas - et que personne ne sait, d’ailleurs.
Didier, peut-être Teulé est-il un escroc, mais il a foutrement du talent et ses inventions m’ont bien plu, qui m’ont transportée dans une atmosphère romanesque passionnante. Mais bien sûr, je me procurerai votre Favier qui est bien chez Fayard. Je profite du blog de Larkéo pour vous dire que je ris souvent quand je lis vos messages, mais je ne laisse pas de commentaires car je n’y arrive pas dans le système utilisé pour votre blog.